TRANSVERSALES

TRANSVERSALES

« L’art est le plus court chemin d’un homme à un autre » Claude Roy

Anne Slacik

Anne SLACIK travaille bien volontiers sur des grands formats tellement elle associe sa peinture à l’espace. Dans ses deux ateliers, elle monte elle-même ses châssis et prépare les toiles. Elle prépare aussi ses couleurs en broyant, dans de grands récipients, des pigments et de la terre prélevée dans des carrières, le tout mélangé à un liant. Les couleurs déversées sur la toile mise à plat peuvent alors circuler ; la matière est mise en mouvement avec ses épaisseurs, ses granulés. Si tant est que le peintre impulse les mouvements, les inclinaisons, on sait que la matière dirige bien souvent et qu’elle ne se soumet jamais entièrement. L’artiste est donc celui qui écoute, qui voit, qui change, autant que celui qui décide. En regardant Anne SLACIK travailler, nous pensons inévitablement à la leçon de Léonard de VINCI : « Regardez une tache sur un mur jusqu’à ce qu’elle devienne quelque chose ». Peu de formes géométriques, ici. L’eau ou l’essence font progresser la couleur soit en arborescences, en capillarités, soit en ondulations qui vont se dégradant.

« La vie commence où elle veut qu’elle commence, où quelqu’un est capable de créer une forme. Ou là où quelqu’un est capable de se laisser créer par une forme ». R. JUARROZ

Et la toile s’organise. Lenteur confiante dans l’élaboration, dans la matière qui sédimente. Lenteur mesurée aussi dans le temps qui bonifie les instants figés. Fond et forme se perdent, se retrouvent et s’abolissent dans le silence. Et dans ce silence même, le dialogue peut commencer. L’invitation, si elle se veut discrète, n’en est pas moins très affirmée.

Le Carmel accueillera aussi deux séries de petites toiles, d’une facture différente : La Montagne Sainte-Victoire et le Mont Ventoux, deux montagnes légendaires. Ici, nous sommes dans le minéral et le végétal pour dire ces reliefs prononcés. La matière, la couleur, marquent, à la fois, la proximité de la terre et les minéraux du fond des mers. On apprécie toute la gestuelle et la force physique nécessaires pour obtenir le mouvement et le relief en même temps.

C’est justement cette approche très physique qui permet à la peinture de Anne SLACIK de voisiner intelligemment et en complémentarité avec les mots des plus grands poètes. Et nous aurons à feuilleter de beaux livres d’artistes. Mais, disons d’emblée, que la peinture de Anne SLACIK n’attend pas la poésie, mais qu’elle l’atteint parfaitement.

René TRUSSES


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